Etape suivanteHarnaché comme nous le sommes, nous avons vite chaud à préparer la moto. Il me tarde de prendre la route pour avoir de l'air frais. J'ai dû prendre mon gros blouson de cuir, celui que j'ai rapporté de Salt Lake City deux ans auparavant n'est pas vraiment étanche et je n'ai pas voulu prendre le risque. Il ne fait pas assez chaud pour que je mette mon blouson en jean, aussi fais-je contre mauvaise fortune, bon coeur. Puis je monte sur la bête, mon épouse se hisse sur le siège arrière. Je ressens le poids de l'équipage dans les jambes et les bras. J'actionne le démarreur et le big twin s'ébroue puis se met à ronronner. Je sens les "good vibrations" m'envahir. Enfin ! Je démarre doucement, nous devons totaliser plus de 600 kgs et à l'arrêt on ne maîtrise pas facilement. Dès les premiers kilomètres/heure franchis, le poids se fait oublié. Mais nous sommes en ville avec beaucoup de feux tricolores, de stop et de circulation. Aussi je roule avec une extrême prudence, au point que je me trompe de route et part dans un sens unique dans un genre de zone industrielle d'où nous mettrons beaucoup de temps à ressortir. Nous prenons les rues périphériques le long des quais pour nous diriger vers le Golden Gate. On passe une nouvelle fois devant Fisherman Warf, mais un peu plus loin nous apercevons le brouillard qui vient du Pacific. On ne voit pas le pont, englouti par la brume. Plus nous approchons et plus la visibilité diminue. Elle diminue même très rapidement. On se retrouve sur le pont sans nous en rendre compte. On ne voit pas à 5 mètres. J'aperçois furtivement les structures du pont qui défilent près de moi mais rien d'autre, à part les feux rouges arrière des voitures qui me précèdent. Après avoir franchi le pont et s'être éloigné de l'océan, le brouillard est moins dense. Mais le ciel est gris et la température est plutôt basse.
Mais au bout d'un moment j'ai tellement froid aux jambes que nous faisons un arrêt pour que je puisse enfiler mon pantalon de pluie. Ce n'est pas très chaud, mais ça coupe un peu le vent. On distingue à peine l'océan plus bas, mais de nombreux lions de mer sont sur le sable et font beaucoup de raffut.
Adieu le beau temps de San Francisco, il aura été de courte durée ! Mais je reste optimiste en pensant aux prévisions météo de la veille. Ce doit être temporaire et on retrouvera le beau temps quand on aura roulé un peu.
13 juin : San Francisco to Fort Bragg (310 kms)
Dès mon réveil, je regarde par la fenêtre. Effectivement il fait beau, le ciel est bleu sans un nuage visible. Nous nous préparons rapidement et allons déjeuner d'un solide breakfast. Puis nous préparons nos bagages, le check-out à la réception est rapide tout avait été régler à la réservation. La veille j'avais bien étudié le trajet jusqu'à Eaglerider, en prenant 2 bus à partir de Market St, nous devons arriver au carrefour près du loueur. Nous prenons nos tickets au distributeur de la station. Le bus arrive quelques minutes plus tard après un changement et moins de 20 minutes après avoir quitté l'hôtel, nous sommes à destination. Nous sommes samedi et il y a du monde chez Eaglerider. Dans l'allée une Goldwin jaune et une superbe Electra-Glide blanche attendent leurs heureux propriétaires provisoires. Lors de la location, j'ai spécifié l'Electra en premier choix et la Goldwin en second au cas où il n'y aurait pas d'Electra de disponible. Dans un premier temps j'espérais avoir la Gold pour profiter d'une meilleur protection des jambes et d'un confort Pullman, mais en les voyant côte à côte et surtout à cause du coffre arrière beaucoup plus grand sur l'Electra, je prie pour avoir cette dernière. Et puis j'avoue, j'ai un eu un coup de coeur en la voyant ... Quand vient notre tour, l'employé nous fait comprendre que l'on a bien l'Electra. Un moment de pur bonheur. Puis vient les explications auxquelles on ne comprend pas grand chose. Une dame canadienne vient à notre rescousse et fait la traductrice. Puis un employé ayant vécu en France nous prend en main et continue les formalités avec nous. Nous vidons nos valises dans les sacoches et le coffre. Nous devons prendre soin du rangement pour que tout rentre. Puis nous demandons où nous pouvons jeter les valises. Nous les avons acheté à Carrefour pour une somme modique en prévision de cette fin pour elles. On nous répond de les mettre près du distributeur de boisson, elles pourront peut-être servir à quelqu'un dans le même cas que nous mais qui termine son voyage.
DébutLa température avoisine les 8° C. J'ai les jambes ankylosées par le froid. A un croisement je dois faire un stop, lorsque je pose les pieds à terre je ne sens plus mes jambes et je sais de suite que je n'arriverais pas à tenir la moto. Elle se couche doucement sur le côté gauche et se cale sur le pare cylindre. Mon épouse s'extirpe du siège. Derrière nous il y a un camion, le conducteur descend et vient nous aider à remettre la moto debout. Ce n'est pas facile, elle pèse tout de même ses 450 Kgs chargée comme elle est. Nous le remercions et reprenons la route A partir de Bodega Bay sur la highway 1 (la Coast Highway) nous longeons la côte en permanence. Le brouillard est toujours présent. La route serpente comme les routes des Alpes, je ne roule qu'en 2ème ou 3ème. A ce régime la jauge d'essence baisse à vue d'oeil. On traverse de petites localités mais il n'y a pas de station service. Nous avons parcourus seulement 120 miles et l'aiguille est déjà dans le rouge. Enfin nous trouvons un magasin avec une pompe. Mais ce n'est que du "regular" et chez Eaglerider l'employé nous a bien spécifié qu'il ne fallait mettre que du "mid" ou du "premium". Nous demandons à la dame qui s'occupe du magasin s'il y a une station proche, elle nous répond que la prochaine est dans 36 miles. Sachant qu'il ne faut pas trop se fier à la jauge mais ne voulant pas prendre le risque de tomber en panne, nous faisons donc le plein de "regular". Etant donné la quantité de "regular" que le réservoir englouti, il ne devait pas rester beaucoup de carburant. Le reste de la route se passe dans le froid et le brouillard et c'est avec un soupir de soulagement que nous arrivons à Fort Bragg la fin de notre étape. Il nous faut trouver un hôtel. Nous nous présentons au Best Western que j'avais sélectionné mais celui-ci n'a rien de libre. Nous trouvons notre bonheur un peu plus loin au Seabird Hotel. Une bonne et très longue douche plus tard je me suis réchauffé, mon épouse en fait autant mais en prenant un bain. Nous envisageons l'avenir sous de meilleurs hospices et allons dîner. Aujourd’hui nous avons parcouru 192 miles soit 309 kms dans le froid et le brouillard mais ils m'ont paru très très longs.